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BIOGRAPHIE - OCTOBRE ROUGE by Olivier Cachin

L’aventure d’Octobre Rouge débute en 1997 : Logan, membre du groupe « Les Affranchis » rencontre Grain D’Kaf’, un passionné qui tourne dans l’underground. C’est au mois d’octobre que le groupe est officiellement opérationnel, et sa première production sera le maxi « 1918 » avec « Argotrip » en face B, un délire pressé à mille exemplaires, enregistré dans un petit studio de Maisons-Alfort. « On voulait un son différent, une nouvelle dynamique. Ce maxi a permis aux gens de nous connaître. » Dans l’urgence, la suite se met en place : le maxi « En V.O. » (dont on trouve la suite, « En V.O. 2 « , sur le nouvel album) confirme le potentiel d’Octobre Rouge, avec en face B « Les 3 jours » sur les derniers forçats du service militaire, qu’on entendit lors des manifs des insoumis.

En 2001, tout s’accélère avec le maxi « Week-end à Meda », qui fait décoller le groupe et bénéficie d’un clip indé fumeux tourné à Amsterdam dans un coffee shop et interdit sur les chaînes de télé (mais bastonné sur Internet). Trax (l’émission d’ARTE) et Paris Dernière reçoivent Octobre Rouge, et la participation du groupe à la compil des Fnacs Indétendance l’amène à participer au plateau des découvertes du Printemps de Bourges. Passages Radio (RTL notamment), lives non-stop : Grain D’Kaf’ et Logan plus leur DJ Manifest sont sur tous les fronts. Encore un maxi « Violences » et c’est le premier album « 24 sur 7 » sorti en octobre 2002, qui s’écoule à plus de 5000 exemplaires et accueille sur ses sillons un featuring de La Caution. Un deuxième clip en est extrait, « Vas-y colle », consacré aux street stickers. Cette fois, MTV et MCM s’y collent, mais pas les télés nationales (« trop violent », disent les programmateurs qui doivent habiter au pays de Bambi et des Schtroumpfs). Par contre, la vidéo de « L’indifférence » passe un peu partout « c’était le premier clip indé diffusé sur M6 depuis cinq ans », se souvient Grain d’Kaf’.

Toujours indé, le groupe en profite pour sortir ce qu’il aime : une mixtape en avril 2003, Le plus fumant, et un street CD six mois plus tard, Son, sexe & shunk, avec 30 morceaux dont 26 inédits. C’est Manifest qui mixe ces deux produits conçus pour la rue. Désormais clairement identifié, Octobre Rouge accumule les concerts, les premières parties (Smiff & Wessun, Ghostface Killah ) et les showcases, se définissant comme « des rappers 4/4 » à qui « trois mics et une platine suffisent. »

Pour la préparation du toujours difficile second album, Octobre Rouge se remet en question. Ecrit. Cogite. Grain D’KAF : « On a voulu faire ressortir nos influences variées, car on écoute de tout. On a aussi voulu développer des images dans le cerveau des auditeurs. Pas des rimes décoratives, mais des sentiments vécus. » Logan, ennemi farouche de la rime facile, confirme : « J’aime la rime riche, le fond et la forme. J’ai mis plus d’images dans mes textes. Je veux faire mal sans insultes ni vulgarité. » Deux ans de vie pour un album cohérent « avec un début et une fin » et de nombreuse pépites.

Sur le très tubesque « Open Mic », on retrouve les choeurs de la chanteuse Jahada, déjà entendue sur « L’indifférence » : « On ne la fait pas chanter comme partout, on ne voulait pas un truc R&B ». « Mes potes » est un morceau sur l’amitié qui part en couilles. « Ni psy ni clinique » rassemble des histoires réelles mises en musique. « Les signes » traite du racisme sans en parler directement. « Le ien » traite avec humour de l’herbe, un des thèmes de prédilection du crew qui dit merci au persil. « Nuits blanches » raconte Paris la nuit dans le 18ème arrondissement. « Air Guinée », featuring Apollo J et Abdu, évoque l’exil loin du bled. « Décollement pulmonaire » parle des problèmes qui touchent les fumeurs d’herbe. Et « 50 cm » parle avec sensibilité de la pédophilie. « Des fois c’est dur à cracher. On n’aurait pas écrit des textes comme « 50 cm » ou « Décollement pulmonaire » à nos débuts. »

Là où ça fait mal pue la maturité, le travail et le talent rapologique. « C’est une grosse évolution pour nous et ça ouvre une nouvelle porte au rap français, sans vouloir être orgueilleux. On espère que ça va amener le rap dans d’autres foyers. On veut ramener au rap français des gens de 25-30 ans qui ont lâché l’affaire » lance Grain D’Kaf’. Et pour contrer les flibustiers du téléchargement plutôt que de barder leur album de verrous anti-copies inutiles, le groupe a joué la carte du multimédia et de l’originalité visuelle : la couv’ est un poster dépliant taille 33 tours représentant leur quartier sous forme d’une maquette « plus vraie que nature » signée Logan et Olivia. En bonus, un DVD accompagne le CD avec tous les clips d’Octobre Rouge plus de nombreuses images inédites. « On a voulu concevoir un objet artistique. Ceux qui récupèreront le CD sur le net n’auront pas tout le package. Mais bon, on ne pleure pas sur le téléchargement, les gens peuvent y aller. Nous, on fait du rap pour le kif » conclut Logan.

Là où ça fait mal prouve que malgré toutes les adversités, le rap français 100% indé est toujours présent.

Confirmation d’une évidence : Octobre Rouge ne lâche pas l’affaire. Ca fait du bien.